Découvrez le portrait de François, figure emblématique de l’atelier de MERGER, qui revient sur 48 ans de carrière passés à dompter la mécanique de précision, de la denture fine aux réducteurs de 20 tonnes. À l’aube de sa retraite, cet amoureux de la précision mécanique nous livre son regard sur l’évolution du métier et les valeurs qui permettent à l’entreprise de durer.

A travers cet interview, c’est toute l’équipe MERGER qui rend hommage à un personnage marquant de la vie de l’entreprise.

 

 

Bonjour François. Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours professionnel ?

François : Bonjour. Mon parcours professionnel ? J’ai un CAP de tourneur au départ. Après, j’ai eu des évolutions dans l’entreprise où j’ai travaillé : j’ai fait du tournage, du fraisage, du taillage d’engrenages, de la rectification d’engrenages… J’ai été chef d’équipe, puis chef d’atelier. Avant MERGER, je travaillais pour AEP (Mécanique de précision) sur Chassieu. Sur les dix dernières années, j’ai surtout fait du montage chez la société Merger. On a commencé à créer le secteur montage dans la société, c’est comme ça qu’on a démarré.

Et qu’est-ce qui t’a donné le goût du métier ?

François : C’était le travail d’assemblage. Vu que j’étais dans le domaine de l’engrenage, je connaissais bien la denture. C’est très diversifié et c’est un boulot assez technique. C’est ce que j’aime bien et c’est pour ça que j’ai continué dans ce secteur.

Pour toi, comment le métier a évolué depuis tes débuts ?

François : Le métier a évolué oui. On a démarré avec du réducteur qui faisait à peu près 200 kg et, avec l’évolution, maintenant on est monté à des réducteurs de 20 tonnes. Dans les années 80-90, plusieurs fleurons industriels français ont disparu, d’autres ont été rachetés, notamment par les Allemands ou les Italiens. On a vu le développement des motoréducteurs. À cette époque, le secteur du réducteur avait beaucoup baissé en France. Il restait encore des entreprises et c’était l’occasion d’essayer de progresser. On avait un peu de concurrence, mais le secteur du réducteur en France, on n’en parle pas trop. Il y a des sociétés dans le Nord, mais peu en région Rhône-Alpes. Nous sommes restés et on essaie de se diversifier dans le réducteur haute vitesse.

Est-ce que tu te souviens de ton premier jour chez Merger ?

François : Le premier jour chez Merger, c’était à Chassieu aussi. La société Merger, qu’on a rachetée à Strasbourg, fermait. On avait une perte d’à peu près 30 % au niveau de la production et de l’usinage. Donc le patron à l’époque, Monsieur Jacques Monmessin, a racheté la société Merger qui s’est appelée alors Usines Merger et nous a demandé après de remonter la société à Chassieu. C’est beau ce qui a été fait avec Anthony (Resp. BE ndlr) notamment. Ça fait à peu près une dizaine d’années je pense, ça passe tellement vite… 2012 à peu près. Oui, je pense que ça doit être ça.

Qu’est-ce que qui a changé dans ton métier depuis tes débuts? 

François : Je n’ai pas d’évolution particulière en tête. Ce que je retiens, ce sont les moyens de manutention qui ont beaucoup évolué par rapport à avant. Le métier de monteur est un travail assez minutieux et le souci du détail est resté le même. Après, c’est vrai qu’aujourd’hui, ce n’est plus du réducteur de série produit en masse qu’on travaille. On a désormais tout type de réducteurs, donc c’est assez technique, assez proche de la haute couture industrielle on peut dire.

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« ce qui est important, c’est le frettage ou le clavetage d’une roue sur un arbre »

À quel moment peut-on dire d’un monteur qu’il est bon ?

François : Un monteur est bon du moment qu’il est minutieux dans ce qu’il fait. Je pense que pour devenir un bon monteur, il faut compter une bonne année de formation pour le réducteur standard de chez Merger. Après, il faut encore quelques années en plus quand on fait du réducteur diversifié. Ce qui peut être difficile, c’est qu’il y a certains réducteurs où, parfois, on n’a pas de plan. On prend donc assez de photos pour essayer de remonter le réducteur à l’identique. On a relancé certains réducteurs qui ne faisaient pas partie de chez Merger, des Comelor par exemple et, au fur et à mesure qu’on démontait, on essayait de modifier deux ou trois techniques pour moins s’embêter par la suite.

Si on te met devant un réducteur de vitesse, qu’est-ce que tu regardes en premier ?

François : On regarde déjà l’entrée et la sortie du réducteur. Ensuite, on regarde si c’est un réducteur à trains parallèles, un réducteur monobloc, ou si c’est une vis sans fin. Ce qui est important, c’est le frettage ou le clavetage d’une roue sur un arbre. Le sens du clavetage, déjà, c’est la première chose. C’est un point important : savoir dans quelle position fretter une roue sur un arbre.

« des bons moments :  le souvenir de chaque jour »

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De quoi es-tu le plus fier dans ta carrière ?

François : Surtout mon évolution, par rapport à quand j’ai démarré à l’âge de 17 ans et demi. Je me rappelle de la date : le 10 octobre 1978. Ça fera bientôt 48 ans. Mon meilleur souvenir à l’atelier il est général, ce sont les équipes qu’on avait. On a passé de bons moments, c’est le souvenir de chaque jour. Je pense que sans une équipe, on ne peut pas avancer dans une entreprise. Le pire souvenir, ce sont les « moutons à cinq pattes », quand il y a des casse-têtes avec des sorties multiples.

As-tu une anecdote qui t’a marqué ?

François : C’est personnel… Un jour, je suis arrivé dans les vestiaires pour me changer et je me suis rendu compte que j’avais une chaussure noire et une chaussure marron. J’étais parti tellement vite de la maison ! Le travail avant tout !

Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait la force de Merger selon toi ?

François : Ce qui a toujours été important pour moi, c’est l’équipe. Dans une entreprise, si on n’est pas soudés, on n’avance pas. Le savoir que j’ai, je l’ai appris des anciens et ça a été un point important dans l’évolution de ma carrière. On a eu des moments difficiles et on a toujours essayé de se serrer les coudes. Je sens que l’on a toujours ça aujourd’hui et c’est une chance que le groupe LeGoff ait réussi à garder cet état d’esprit.

Toi qui as connu l’ancien atelier, qu’est-ce qui t’a marqué dans le nouveau bâtiment ?

François : Déjà, quand on est entré dans l’atelier, c’était vraiment un plaisir de travailler. Un atelier neuf avec le matériel qu’on a, franchement, c’est super agréable. L’arrivée du deuxième pont roulant a aussi été un point important pour la sécurité et l’ergonomie, vu les réducteurs lourds que l’on monte maintenant.

Quelle sera la première chose que tu feras à la retraite ?

François : Passer beaucoup plus de temps avec mes petites-filles, les loisirs, les activités… même si j’aurai toujours une pensée pour Merger. L’équipe va vraiment me manquer.

Y a-t-il un outil qui t’a suivi durant toutes ces années ?

François : Le pied à coulisse! On ne peut pas faire sans le pied à coulisse, c’est l’appareil de mesure de base.

Quel conseil donnerais-tu à la nouvelle génération ?

François : Toujours rester soudés. Pour moi, c’est indispensable.

Merci François pour ces années de transmission de savoir, de savoir-faire et de savoir-être.

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